Préférons nous vraiment toujours vieillir à domicile ?
L’article intitulé « Home over institution? New insights on older adults’ care preferences from a mixed-methods study in France » co-écrit par Anaïs Cheneau, Jonathan Sicsic et Thomas Rapp, publié dans PLOS One, vient questionner cette idée largement répandue. A partir d’une enquête menée auprès de 2800 personnes âgées de plus de 60 ans en France, les auteurs explorent les préférences entre maintien à domicile et entrée en établissement (EHPAD), en combinant entretiens qualitatifs et expérience de choix discrets.
Si le maintien à domicile reste majoritairement préféré, les résultats montrent que cette préférence n’est pas figée.
- 54% des répondants choisissent systématiquement le domicile, quelles que soient les conditions proposées en EHPAD
- Mais 37% changent d’avis lorsque les caractéstiques des EHPAD s’améliorent.
Autrement dit, une part importante des individus est prête à envisager l’entrée en établissement, à certaines conditions.
Trois éléments jouent un rôle central dans les décisions :
- La qualité des soins professionnels (présence, temps consacré, relation humaine)
- Le cadre de vie (ambiance, repas, espaces, sentiment de « chez soi »)
- Le reste à charge (coût pour la personne et sa famille)
Ces résultats invitent à repenser les politiques du vieillissement, souvent centrées quasi-exclusivement sur le maintien à domicile. S’ils répondent à une aspiration forte, ils reposent aussi sur l’hypothèse implicite que l’EHPAD constitue une option moins désirable. Or cette étude montre que les préférences sont en réalité sensibles à la qualité de l’offre.
Cet article disponible en open access
Cheneau A, Sicsic J, Rapp T Home over institution? New insights on older adults’ care preferences from a mixed-methods study in France. PLOS ONE 21(3): e0345491. https://doi.org/10.1371/journal.pone.0345491
Abstract:
As populations age, long-term care policies must balance individual preferences with financial constraints. The prevailing “aging in place” policy in France assumes that citizens overwhelmingly prefer home care over nursing homes. However, little is known about people’s preferences towards long-term care options before disability occurs.
We elicit preferences among community-dwelling adults over 60 using a mixed-method approach: qualitative interviews and a two-stage D-efficient discrete choice experiment. In each task, respondents chose between two hypothetical nursing homes varying in professional care quality, living environment, out-of-pocket (OOP) cost, and proximity, then decided whether to receive care in this nursing home or remain at home.
A sample of 2,886 French adults over 60 completed the survey in 2024. We used random-effect conditional logit and latent class logit models to investigate trade-offs and preference heterogeneity.
While a majority (54%) consistently favored home-care, 37% shifted their decision in response to improved nursing home characteristics.
Professional care quality and living environment influenced choices as strongly as OOP cost, while proximity plays a secondary role.
Strengthening staffing and training, upgrading equipment and the conviviality of shared spaces, and containing OOP costs are direct levers to raise the acceptability of nursing home care.